Musée des Arts Contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles

François Curlet

Crésus & Crusoé

Le MAC’s Grand-Hornu présente la première exposition institutionnelle de François Curlet en Belgique (°1967, vit et travaille à Bruxelles). Intitulée Crésus & Crusoé, cette exposition monographique est l’occasion de découvrir une oeuvre poétique qui joue avec les signes culturels, politiques ou économiques du monde actuel, suivant des mécanismes d’association, de déplacement ou de condensation semblables à ceux observables, depuis Freud, dans la formation des rêves ou des mots d’esprit.


Près de vingt ans après Voisins officiels, les jeux de cartes de visite qu’il offrit pour l’inauguration du MAC’s aux habitants du coron du Grand-Hornu en leur titre de « voisin », François Curlet est à nouveau l’invité du Musée qui lui consacre cette fois-ci une importante rétrospective.


Par le détournement, la contrefaçon et le contre-emploi, l’artiste se fait remarquer par un humour et un sens poétique qui interrogent avec virulence les implications sociales, politiques et économiques de l’objet quotidien et des signes ready-made que produit notre société de consommation. Héritière des farces dadaïstes à la Francis Picabia et des onomatopées pop à la Claes Oldenburg, sa démarche poétique et incisive procède d’un art de l’aphorisme visuel qui tient tête aux politiques intrusives de la communication contemporaine : publicité, clip vidéo, SMS, Facebook…


S’articulant dans les espaces du MAC’s, comme dans le catalogue coédité avec Triangle Books, en trois ‘sections’ (objet, peinture, cinéma), l’exposition débute par un ensemble dominé par le détournement de signes industriels que François Curlet pratique dès les années 1990 aux côtés d’autres artistes de sa génération, comme Franck Scurti avec lequel il exposera ses oeuvres en 1993 au Centre Pompidou.


Proches des agrégats du chiffonnier que le penseur Walter Benjamin identifia, avec le flâneur des villes, à la modernité, ses oeuvres archivent l’époque par la collecte et le recyclage de ses rebuts, comme la série des sprays sur cuivre, Frozen Feng Shui, réalisée depuis 2013 au pochoir à travers des chutes de découpes industrielles et assimilées dans son esprit à des « fantômes de la productivité ». Domestiques mais urbaines, chics mais pauvres, décoratives mais informes, ces peintures métalliques témoignent surtout du penchant de François Curlet pour l’oxymore, cette figure de style qui rapproche, comme le titre même de l’exposition, Crésus & Crusoé, deux termes contradictoires.

Obtenue par soudage d’une Jaguar Type E et d’un corbillard, en référence au film Harold & Maude (1971), Speed Limit, présentée pour la première fois au Palais de Tokyo en 2013, ne figure pas dans l’exposition en tant que sculpture, mais comme sujet du très court métrage Jonathan Livingston où ce véhicule incongru est conduit par un croque-mort apparemment perdu en rase campagne.


À côté de ce premier film en date sont également projetées trois nouvelles réalisations, tout aussi saugrenues et incisives : Air Graham où deux mimes reproduisent un double virtuel d’un pavillon en verre de Dan Graham, The Yummy Patriot qui croque le portrait en costume d’un hussard débraillé et glouton, et enfin L’Agitée, film produit par le MAC’s, qui réactualise sous les traits de Laurence Bibot la figure légendaire du joueur de flûte de Hamelin.