Anne Teresa De Keersmaeker & Steven Fillet. Belle-Île
Au début de l’année, Anne Teresa De Keersmaeker et Steven Fillet ont présenté pour la première fois à la galerie Xavier Hufkens à Bruxelles des œuvres nées de leur collaboration artistique. Cet automne, un nouveau chapitre s’ouvre au MACS avec Belle-Île, une série de sept peintures monumentales qui seront exposées dans la longue salle-pont du Musée.
Belle-Île a vu le jour à l’automne 2024 à Belle-Île-en-Mer, au large de la Bretagne. Pour ce projet, les artistes ont choisi de quitter l’atelier et de travailler en plein air, dans un environnement indomptable, naturellement ouvert, en constante évolution, se dérobant à lui-même à tout instant.
Ils ont tendu une immense toile de cinq mètres sur vingt en équilibre sur une falaise au-dessus de l’océan. Une étendue d’un blanc saisissant, dont l’abstraction et la pureté contrastent avec l’environnement dominé par la démesure des éléments : l’eau, le vent, la lumière… Ces cent mètres carrés immaculés – à la fois toile et tapis de danse – ne sont pas remplis, mais lentement investis par le mouvement et le dessin qui, dès le départ, sont indissociables. Il en résulte une accumulation, une lente sédimentation de gestes et de temps qui se déposent couche après couche, rendant finalement visible une présence : un lieu, deux corps, un moment.
Amnesia
Performance live en collaboration avec Alain Franco
En dialogue avec les œuvres sur toile, Anne Teresa De Keersmaeker présente également un nouveau solo, Amnesia. Inspirée de l’ultime sonate pour piano de Beethoven (la sonate n° 32 en ut mineur, Op. 111), la performance se déploie telle une ligne horizontale sur toute la longueur de la salle-pont. Cet espace évoque l’immensité de l’océan, l’horizon de Belle-Île-en-Mer, où le projet a vu le jour. À l’inverse, le solo apparaît comme une empreinte fragile et éphémère dans le temps et l’espace, à la croisée du souvenir et de l’oubli. Tout comme le dessin se compose de différentes strates temporelles, Alain Franco développe une « dramaturgie musicale ».
Dans ce qu’il appelle un « contrepoint de champs », danse, musique et image se juxtaposent sans pour autant se fondre en un tout.