Partager

Cento
23.05.21 > 29.08.21
Partenaire(s)

James Welling. Cento

 

Quatre ans après Metamorphosis, l’exposition rétrospective que le S.M.A.K. a consacrée à l’œuvre de James Welling en parcourant plus de vingt séries de photographies réalisées depuis les années 1970, le MACS invite l’artiste américain à présenter le travail photographique qu’il mène actuellement sur l’architecture et la statuaire de l’Antiquité gréco-romaine.


Intitulée Cento en référence à la pratique ancienne du ‘centon’, désignant l’assemblage de fragments de diverses œuvres poétiques ou musicales, cette nouvelle série trouve son origine en 2018, au Met (Metropolitan Museum of Art) de New York, lorsque James Welling prend des photographies du buste d’une impératrice romaine d’origine syrienne, Julia Mamaea, qu’il imprime ensuite en différentes couleurs grâce à un ancien procédé d’impression, la collotypie.


Ému par la fluidité des colorants imprégnant le portrait autant que la pierre et redonnant au visage sa carnation, James Welling réalise que ce rendu délavé et diaphane opère dans le temps une double remontée : vers la statuaire polychrome de l’Antiquité et vers la photolithogravure noir & blanc des premiers albums consacrés aux missions archéologiques du 19e siècle.

 

Ces multiples tirages réalisés à partir d’un seul et même négatif de Julia Mamaea, image séminale et matricielle, déboucheront ensuite sur plusieurs visites de sites et de musées, notamment à Athènes et Éleusis, ainsi que sur l’étude des théories des couleurs dans l’Antiquité, en particulier celle d’Aristote. L’observation des objets colorés que celui-ci effectue dans la nature, chez les plantes notamment, trouve un écho étrange et lointain dans le processus photographique de James Welling, à travers sa description des phénomènes de fixation, de rinçage ou de virage des teintes, par exemple du vert des feuilles.

 

Cependant, cette conception archaïque des couleurs à laquelle font songer poétiquement les photographies de Cento, installées d’ailleurs dans l’exposition face à un wall painting reprenant le nuancier et les couleurs d’Aristote, n’est pas la seule destination du voyage temporel de James Welling. Depuis 1998, celui-ci se tourne vers les technologies numériques et la palette colorimétrique du logiciel Photoshop, avec le bénéfice esthétique de « libérer la couleur » du carcan du sujet et de sa condition historique : « Des couleurs intenses et de la feuille d’or mettaient en valeur textiles, cheveux et carnation », explique-t-il à propos de Cento et de son hommage à la statuaire grecque ; « les reconstitutions modernes de cette polychromie étonnent les visiteurs encore habitués à la pureté de l’idéal de beauté néoclassique. Mais je ne me suis pas uniquement intéressé à recréer la palette des Grecs anciens. Avec la technologie numérique, j’ai appliqué sur les sculptures des couleurs clairement antinaturelles dans l’idée que celles-ci s’infiltrent dans la pierre ancestrale et prennent vie indépendamment. »
 

 

Denis Gielen
Commissaire de l’exposition